vendredi 9 février 2007

«Le mariage, c’est l’union d’un homme et d’une femme»

Voici, ci-dessous, le texte intégrale de la déclaration commune de responsables religieux de la région lyonnaise dont je parlais dans l'un des posts précédents du 7 février :

Lyon, mercredi 7 février 2007

Source : Diocèse de Lyon

***

«La question se pose aujourd’hui de savoir si la loi peut autoriser le mariage de deux personnes du même sexe. Il ne s’agit pas là d’un simple débat de société, mais d’un choix majeur, sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Ce n’est pas un cadeau à faire aux générations futures.

Il y a déjà assez de souffrances occasionnées par la fragilité des liens familiaux, sans parler des maladies qui touchent nos proches et des deuils. Cette fragilisation est pour beaucoup dans la difficulté que rencontrent les adultes pour aider les jeunes à construire leur vie. Comment ceux-ci seront-ils capables d’acquérir une formation solide, d’affronter leur avenir avec confiance, d’honorer les obligations d’une profession et de construire dans l’équilibre leur propre famille, si l’on relativise l’institution du mariage ? Il est capital de ne pas brouiller ce repère fondateur de l’humanité.

Une institution aussi essentielle ne peut pas être soumise aux fluctuations des courants de pensée. Elle se situe bien au delà des différences religieuses ou des clivages idéologiques. À l’heure où tant d’enseignants constatent la difficulté croissante des jeunes issus de familles éclatées à suivre correctement leur scolarité, peut-on vraiment songer à un tel bouleversement dont les conséquences pourraient être dévastatrices ? L’expérience montre ce qu’il nous en coûte aujourd’hui d’avoir laissé saccager la nature. N’allons pas maintenant déstructurer l’humanité, qui est le cœur de toute la création !

Il y a mensonge à prétendre qu’il est indifférent pour un enfant de grandir ou non avec un père et une mère. Les récits fondateurs de l’humanité sont bâtis sur la différence et la complémentarité de l’homme et de la femme. Les croyants en voient l’attestation dans les récits de la création que leur transmet la Parole de Dieu : « Au commencement, Dieu créa l’homme et la femme ». Ils sont appelés à s’unir dans le mariage pour donner la vie et la faire grandir. Tel est le socle originel sur lequel sont fondées nos vies personnelles, nos familles et nos sociétés. N’oublions pas qu’il est fragile !

Lyon, le 6 février 2007

Cardinal Philippe BARBARIN, Archevêque de Lyon

M. Azzedine GACI, Président du Conseil régional du culte musulman Rhône-Alpes

P. Athanase ISKOS, Prêtre de l’Église orthodoxe grecque

M. Kamel KABTANE, Recteur de la Mosquée de Lyon

Révérend Chris MARTIN, Ministre de l’Église anglicane

Pasteur Jean-Frédéric PATRZYNSKI, de l’Église luthérienne

M. Richard WERTENSCHLAG, Grand Rabbin de Lyon et de la région Rhône-Alpes

Pasteur John WILSON, de l’Église évangélique baptiste

Mgr Norvan ZAKARIAN, Évêque de l’Église arménienne apostolique

mercredi 7 février 2007

«Être élevé par des homos ne perturbe pas le développement des enfants»

En écho au post précédent, et pour introduire un peu de rationalité, là où les religions ne savent que tenir le discours de la peur et de l'irrationnel, je me permets de reproduire ici un interview réalisé sur tetu.com quelques jour avant le colloque de l'APGL sur le sujet le 3 février dernier (voir le post à ce sujet), et le compte-rendu fait par Libération.
Je remercie Psykokwak de me les avoir signalés dans l' un des ses commentaires.

"Comment se présentera le débat organisé le 3 février prochain à Paris ? Franck Tanguy: Avec des scientifiques des sciences humaines et sociales de renom (notamment l'anthropologue Maurice Godolier et le psychanalyste Serge Hefez), on fera le point sur l'homoparentalité en France. Juste avant l'élection présidentielle, c'est un moyen d'amener le débat politique sur ce sujet. L'APGL, qui existe depuis 21 ans, est la plus légitime pour créer ce débat-là. Pour les avoir rencontrés à de multiples reprises depuis les débats sur le Pacs, on a constaté que les partis, Les Verts et le Parti communiste en tête, étaient de plus en plus réceptifs à ce sujet. Le Parti socialiste, au départ assez réticent, est désormais ouvert à reconnaître nos familles, sans toutefois reconnaître l'insémination artificielle avec donneur pour les lesbiennes. Quant à la droite, on sent qu'elle est en train de faire le même boulot.
Les candidats à l'élection présidentielle seront-ils tous présents ? Franck Tanguy : Nous aurions préféré que l'UMP nous envoie quelqu'un d'autre, pour ce débat, que Stéphane Dassé, président du mouvement GayLib. Bien qu'il soit compétent, il n'est pas représentatif de son parti. En revanche, la candidate Marie-George Buffet sera présente pour le PC. On souhaite un mot d'engagement de la part de Dominique Voynet (Verts) et de Ségolène Royal (PS), Noël Mamère et Patrick Bloche seront là pour représenter leurs partis respectifs. Le député Jean-Christophe Lagarde, pour l'UDF, complètera le panel d'invités.
Parallèlement, vous publiez la version 2007 du Guide bibliographique de l'homoparentalité. Pourquoi? Martine Gross : L'idée est de créer un outil pour favoriser le travail des chercheurs, et prouver qu'il existe bel et bien des textes documentant l'homoparentalité dans le monde: on en dénombre près de 1000 en 35 ans. Il y en a 319 rien qu'en France, dont sept thèses de doctorat et 11 mémoires de DEA, et d'autres sont en cours. Il s'agit de contrer les hommes politiques qui affirment que ces études sont inexistantes. On nous affirme souvent que le développement et l'équilibre psychologique des enfants élevés par des homos seraient menacés, or on a retrouvé moins d'une vingtaine de textes négatifs sur le développement psychique de l'enfant, dont la majorité sont le fruit de recherches financées par le milieu religieux américain. En réalité, de toutes les études existantes, il ressort que le fait d'être élevé par des homos n'entraîne pas de différence notable pour les enfants. Ils ne vont pas plus mal que dans des familles traditionnelles.
Y a-t-il déjà eu une impulsion politique pour lancer ces études scientifiques? Martine Gross : Non, et il serait effectivement très bien qu'un groupe parlementaire commande une étude au CNRS sur le sujet. Cela permettrait d'attribuer plus de moyens aux chercheurs, car, comme dans la recherche en général, le manque d'argent est criant. De cette façon, on ne pourrait pas, comme l'a fait Valérie Pécresse [rapporteure de la mission parlementaire sur la famille] dans une interview, insinuer que les études sont financées par les associations homosexuelles. C'est absolument faux."
Source : Paul Parant / Copyright tetu.com

"Des scientifiques pour convaincre les politiques d'aller plus loin sur la question de l'homoparentalité. C'est le pari qu'avait fait l'Association des parents et futurs parents gays et lesbiens (APGL) en organisant samedi à Paris un débat entre candidats à la présidentielle et scientifiques. Pari en partie gagné. Si la communiste Marie-George Buffet est la seule à s'être physiquement déplacée, les cinq partis de gouvernement étaient représentés. Patrick Bloche (PS) a parlé au nom de Ségolène Royal, Noël Mamère (Verts) en celui de Dominique Voynet, Laurent Wauquiez (UMP) pour Nicolas Sarkozy, et Jean-Christophe Lagarde (UDF) pour François Bayrou. Mais, avant de s'exprimer sur ce sujet qui concerne déjà 200 000 enfants en France, ils ont dû écouter.
Un millier de références. Les arguments de l'APGL, d'abord. L'association vient de recenser, dans un guide, toutes les enquêtes, études universitaires, thèses, etc. publiées sur l'homoparentalité dans le monde. Soit un millier de références, dont plus de 300 françaises. «La plupart ne montrent aucune différence de développement entre les enfants de couples homo et ceux de parents hétérosexuels, les rares études négatives ont été inspirées par les milieux religieux, relève Martine Gross, présidente honoraire de l'APGL. Les politiques nous ont souvent opposé le manque de recul, cet argument ne peut plus tenir la route. Il est temps de légiférer pour apporter à ces enfants la même protection juridique qu'aux autres.»
Histoire de prolonger sa démonstration, l'APGL avait convié trois jeunes chercheurs. «La paternité gay s'inscrit dans les changements de paternité actuelle, elle n'a pas de caractères très spécifiques», explique Emmanuel Gratton, dont la thèse de sociologie a porté sur des hommes gays devenus pères ou avec un projet de paternité. Martha Mailfert, doctorante elle aussi en sociologie, a enquêté auprès de familles lesbiennes. Sa thèse ne nie pas des difficultés au quotidien ­ notamment pour la reconnaissance de la «co-mère» ­ mais elle estime que le «problème des enfants n'est pas tant dans la structure des familles que dans le regard des autres». Comme le confirment d'autres scientifiques présents, c'est contre la stigmatisation et les discriminations qu'il faut aujourd'hui lutter.
«Il y a quelque chose d'un peu douloureux à démontrer que les enfants d'homos sont comme les autres», relève le psychanalyste Serge Hefez . L'obstétricien Israël Nisand se dit lui aussi «choqué de voir que des chercheurs doivent encore travailler sur le sujet». Et de lâcher, sous un tonnerre d'applaudissements : «On sait que la discrimination peut amener jusqu'à la mort. Il faut que des non-homosexuels défendent le droit des homosexuels à vivre normalement dans notre pays.» Plus provocateur, l'anthropologue Maurice Gaudelier clame que «ce qui fait la société c'est le politique et le religieux, pas la famille. Si la famille évolue, ça ne va pas foutre en l'air la société. Le catastrophisme est non fondé».
Mea-culpa. A gauche, les politiques en sont déjà convaincus. Marie-George Buffet commence par un mea-culpa, rappelant que le «PC n'a pas toujours été linéaire sur ce sujet». Depuis, son parti s'est prononcé en faveur du mariage gay, de l'ouverture de l'adoption aux homosexuels et de l'IAD (insémination avec donneurs) pour les lesbiennes. «Je vais continuer à porter ce combat, promet-elle. Je pense que l'opinion est prête.» Même ouverture chez les Verts, où Noël Mamère avait été le premier à célébrer un mariage gay, à Bègles, en 2004. Patrick Bloche rappelle les deux propositions de loi déposées par le PS en juin 2006 sur le mariage et les conditions d'exercice de la parentalité.
Mais à droite, UMP et UDF restent figées sur les questions du mariage et de l'adoption gays. «Notre volonté est de se centrer sur les questions concrètes», assure Laurent Wauquiez (UMP), qui propose de transformer le Pacs en un contrat célébré en mairie, et d'améliorer le statut du beau parent. A l'UDF, encore divisée sur le sujet, Jean-Christophe Lagarde évoque la création d'un «contrat d'union sociale avec les mêmes droits que le mariage», et la possibilité d'adoption simple par le deuxième parent. Des avancées, mais insuffisantes aux yeux des militants."
Source : Sandrine CABUT / Libération du lundi 5 février 2007

Les responsables religieux de Lyon unis contre le mariage homosexuel

Les responsables religieux de la région lyonnaise se déclarent contre le mariage homosexuel et l'homoparentalité dans un texte commun diffusé mardi qui constitue la première prise de position "inter-religieuse" sur le sujet en France.

"La question se pose aujourd'hui de savoir si la loi peut autoriser le mariage de deux personnes du même sexe. Il ne s'agit pas là d'un simple débat de société mais d'un choix majeur, sans précédent dans l'histoire de l'humanité. Ce n'est pas un cadeau à faire aux générations futures", écrivent les responsables des cultes catholique, orthodoxe, juif, musulman, arménien, dont le cardinal Philippe Barbarin, le père Athanase Iskos, prêtre de l'Église orthodoxe grecque, le Grand rabbin Richard Wertenschlag, le recteur de la mosquée Kamel Kabtane.

"Une institution aussi essentielle (que le mariage) ne peut pas être soumise aux fluctuations des courants de pensée. Elle se situe bien au-delà des différences religieuses et des clivages idéologiques", ajoutent-ils, estimant que les conséquences d'une telle évolution "pourraient être dévastatrices".

Et on peut deviner non sans mal où les responsables de cette déclaration situe les fondements originaires du mariage: dans la nature, bien sûr, et la sacro-sainte complémentarité de la différence des sexes, «cœur de toute la création» selon eux, que les homosexuels seraient censés bouleverser...

De plus, pour les signataires, "il y a mensonge à prétendre qu'il est indifférent pour un enfant de grandir ou non avec un père et une mère". L'homme et la femme sont "appelés à s'unir dans le mariage pour donner la vie et la faire grandir. Tel est le socle originel sur lequel sont fondées nos vies personnelles, nos familles et nos sociétés", écrivent-ils.

En revanche, l'Église réformée n'a pas signé «parce que le sujet du mariage homosexuel lui semble être une question trop importante pour être prise en otage dans un débat préélectoral», a déclaré le président de L'Église réformée de Lyon Guillaume de Clermont. D'autant que l'Église évangélique luthérienne de France et l'Église protestante réformée sont engagées dans une réflexion nationale sur la famille qui s'achèvera lors d'un débat synodal du 17 au 20 mai prochain.

Source : e-llico et tetu.com

C'est toujours très intéressant de voir comment les religions sont finalement capables de s'entendre entre elles "pour le bien de l'humanité", elles qui ont souvent fait plus de mal à cette humanité (et en font encore !) que n'en feront jamais tous les homosexuels de tous les temps et de tous les lieux réunis.

Pour être juste, signalons toutefois un discours ecclésiastique plus positif. En effet,

"un évêque italien a fait entendre une voix originale dans le concert de condamnations mené par l'Église contre tout projet d'union civile. «La recherche de solutions sur d'autres formes [que le mariage] ne serait pas à exclure a priori, à condition que ce soit dans un cadre qui place vraiment au centre les intérêts de la famille», a déclaré l'archevêque d'Aoste, Mgr Giuseppe Anfossi, dans un entretien au quotidien La Repubblica hier, lundi 5 février. «Il faudrait d'abord faire comme la France, pays notoirement laïque, dont la législation en faveur de la famille peut être prise en modèle», a ajouté le prélat, président de la commission épiscopale italienne sur la famille. La France, qui a créé en 1999 le Pacte civil de solidarité (Pacs) pour les couples non-mariés homosexuels et hétérosexuels, est la championne de la natalité en Europe avec deux enfants par femme- contre 1,33 dans la très catholique Italie- grâce notamment à une politique nataliste volontaire. Bien sûr, les confrères de l'évêque d'Aoste sont loin de partager son ouverture «à d'autres formes d'union», et pensent au contraire qu'un Pacs détruirait les fondements de la famille. Argument classique du Vatican, repris dimanche dernier par le pape Benoît XVI, lors de l'Angélus sur la Place Saint-Pierre où il a renouvelé son appel à défendre «la famille fondée sur le mariage»."


Source : Ursula Del Aguila sur tetu.com (6 février 2007) (Avec AFP).


dimanche 4 février 2007

vendredi 2 février 2007

HOMOPARENTALITE : QUESTIONS ET REPONSE AUX FAMILLES D'AUJOURD'HUI

Débat scientifique et politique organisé par l’APGL
en partenariat avec France Culture


Samedi 3 Février 2007 de 13h30 à 17h.

Entrée libre - Amphithéâtre de l'EHESS, École des Hautes Études en Sciences Sociales
105, boulevard Raspail 75006 Paris
M°: Saint Placide / Notre-Dame-des-Champs


À cette occasion sera présenté le guide bibliographique de l’homoparentalité 2007 qui recense plus de 1000 études, articles et ouvrages, français ou internationaux, intéressant directement ou indirectement l'homoparentalité.

Scientifiques :

Deux exposés de jeunes chercheurs :
- Emmanuel Graton, docteur en sociologie clinique : “L’homoparentalité, côté père”
- Martha Mailfert, doctorante en sociologie : “Les familles homoparentales : réalités, enjeux, défis”.

Interview / débat entre l’animateur et Olivier Vecho, psychologue du développement :
“Développement socio-affectif des enfants de familles homoparentales.”
(Olivier Vecho est aussi l’auteur d’un travail de synthèse sur plus de 30 années d’études portant sur les familles homoparentales).

Débat entre les invités suivants :
Maurice Godelier, anthropologue
Serge Hefez, psychanalyste, thérapeute familial
Israël Nizand, médecin (spécialiste de l’assistance médicale à la procréation)
Jacques Commaille, sociologue de la famille

Autour des questions suivantes :

- Quel est votre regard sur ces travaux de jeunes chercheurs, sur leur utilité pour le débat public ?
- Votre discipline permet-elle de penser l’homoparentalité ?
- Avez-vous évolué dans vos idées et pourquoi ?
- Les sciences sociales peuvent-elles prédire et déterminer l’ordre social, symbolique de demain ?

Politiques :


Débat. Invités :
François Bayrou, UDF
Marie-Georges Buffet, PC
Ségolène Royal, PS
Nicolas Sarkozy, UMP
Dominique Voynet, Verts

Autour des questions suivantes :
- Quelles sont les propositions de votre parti concernant les familles homoparentales ?
- Qu’est-ce qui vous empêche d’aller plus loin : adoption, mariage, PMA, GPA… ?
- Comment appliquer le principe d’égalité aux enfants de familles homoparentales ?
- En quoi le débat scientifique vous aide-t-il à construire vos propositions politiques ?
- Quelles sont les raisons qui expliquent le retard législatif français sur ces sujets par rapport à
des pays comme l’Espagne, la Grande-Bretagne, la Belgique… ?

Débat avec le public.

Infos / Réservation :

Merci de vous inscrire en adressant un mail à : debat2007@apgl.asso.fr

APGL Nationale et Paris
C/O Centre Gay & Lesbien
3, rue Keller 75011 Paris
Tél. / Fax : 01 47 97 69 15
debat2007@apgl.asso.fr / www.apgl.asso.fr
Contact média : presse@apgl.asso.fr

Et pour rire un peu, voici un petit clip vidéo sur le sujet !...

jeudi 1 février 2007

"Une histoire de l'homosexualité" (Robert Aldrich, dir.)


En treize chapitres, "Une histoire de l’homosexualité" parcourt le monde et le temps pour mettre à jour une histoire collective en devenir. Un ouvrage passionnant qui est aussi un bel ouvrage superbement et intelligemment illustré.

Qu’un beau livre soit aussi un livre intelligent n’est pas si fréquent qu’on ne doive le signaler quand c’est le cas. Or " Une histoire de l’homosexualité " est sans conteste l’un et l’autre, mêlant une analyse brillante de plusieurs millénaires d’histoire des gays et des lesbiennes à travers le monde et une iconographie en parfaite adéquation, qui dit à quel point les homosexuels des deux sexes ont participé de toutes les manières possibles à l’histoire culturelle. Car c’est un des paris parfaitement réussi de cette " Histoire de l’homosexualité " que de ne pas séparer (bien au contraire) histoire des homosexuels — de la Grèce antique à nos jours, en Occident comme en Orient — et histoire de ce qu’on pourrait appeler (pour faire vite) la culture gay. Car dans l’esprit de cet ouvrage, la culture ce sont certes les œuvres mais c’est aussi la sédimentation d’une histoire collective dont nous sommes tous, à des degrés divers, les héritiers.
Et c’est bien ce qui s’affirme dans cet ouvrage aux contributions multiples et aux points de vue complémentaires (l’auteur, l’historien américain Robert Aldrich, s’est en effet entouré d’un grand nombre de spécialistes pour élaborer ce livre et parcourir les siècles et les continents) : que finalement cette histoire entamée dans l’antiquité, poursuivie dans les soubresauts du Moyen-Age, de l’ère des Lumières, dans le Berlin du début du XXè siècle ou dans l’Amérique puritaine de l’après-guerre, a accouché (à son corps défendant peut-être) d’une identité homosexuelle qui s’exprime désormais dans la revendication militante et politique, dans la mise en avant de concepts comme l’égalité de droits ou la lutte contre l’homophobie. Cet aboutissement n’était évidemment pas gagné d’avance, et cet essai le met remarquablement au jour en égrenant en treize chapitres autant de moments singuliers de cette histoire où alternent et se confrontent persécutions contre les sodomites et célébrations dans certaines civilisations de travestis sacrés, où s’opposent et se croisent célébrations du corps et puritanisme religieux, où se succèdent et se conjuguent mille et une explications de ce fait insaisissable qu’est l’homosexualité : maladie mentale, pratique passagère, péché mortel, héritage génétique, tare psychologique… On en passe et des pires. L’ensemble, composite mais parfaitement cohérent, est une illustration passionnante de ce que peuvent donner les gay studies à leur meilleur.

Didier Roth-Bettoni .

Homosexuality_Spanish_Inquisition


Présentation de l'éditeur
Dans le monde entier, depuis des millénaires, des hommes ou des femmes ont ressenti le besoin d'une intimité physique et affective avec un partenaire du même sexe. Leur histoire, longtemps oubliée, occultée, ignorée ou falsifiée est devenue ces dernières années l'objet d'un véritable flot de recherches. Des voies d'études entièrement nouvelles s'ouvrent et les vérités toutes faites cèdent du terrain. Une histoire de l'homosexualité utilise ces acquis pour offrir un tableau vivant et intellectuellement stimulant de ce qui, jusque très récemment, aurait pu être appelé une " histoire secrète ". Le livre embrasse une multiplicité d'aspects. Des historiens de neuf pays différents examinent les relations entre individus du même sexe à travers les siècles, cartographient les changements d'attitude envers l'homosexualité et suivent l'émergence d'un sentiment d'identité lié à la sexualité. Progr essant de la Grèce antique et de Rome à nos jours, avec des sujets tels que l'égalité des droits, le sida ou les unions civiles, ce livre aborde également d'autres cultures, en dehors de l'Occident; il révèle l'immense variété des relations homosexuelles, selon les époques et les lieux. De la poésie homoérotique perse aux récits de vie de femmes travesties dans l'Italie du XVIIIe siècle, des délices excentriques et hédonistes du Berlin de l'entre-deux-guerres, à l'existence d'un troisième sexe en Asie et chez les Amérindiens, le texte observe, réfléchit et raconte, à partir d'archives et d'une iconographie curieuse et originale - mémoires, lettres, œuvr es d'art et textes littéraires -, une histoire sociale et culturelle du monde gay et lesbien. L'héritage que nous ont laissé ces hommes et ces femmes a influencé les attitudes contemporaines envers la sexualité et modifient encore la manière dont beaucoup vivent leur vie. Une histoire de l'homosexualité est le premier ouvrage à fournir une vue d'ensemble sur les milliers d'années d'histoire qui ont forgé la culture gay actuelle, riche et variée.

Biographie de l'auteur
Robert Aldrich est professeur d'Histoire européenne à l'Université de Sydney. Il est l'auteur des ouvrages suivants : The Seduction of the Mediterranean : Writing, Art and Homosexuality. Avec Garry Wotherspoon, il a édité 2 volumes du Who's Who in Gay and Lesbian History, ainsi que plusieurs essais sur les études gays et lesbiennes australiennes.

Table des matières
Histoire gay et lesbienne
L'homosexualité en Grèce et à Rome
Le Moyen Âge
L'Europe des Temps modernes, 1400-1700
L'homosexualité masculine à l'époque
des Lumières et des révolutions, 1680-1850
Les lesbiennes et leurs semblables dans l'Europe moderne, 1500-1800
Les Amériques : de l'époque coloniale au XXe siècle
L'âge de l'homosexualité, 1870-1940
L'action politique gay et la sphère publique après la Seconde Guerre mondiale
Amours féminines à l'ère contemporaine
L'homosexualité révélée : comparaison entre les cultures et histoire de la sexualité
L'homosexualité au Moyen-Orient et en Afrique du Nord
Désir d'intimité entre individus du même sexe en Asie
Le monde gay, de 1980 à nos jours.

lundi 29 janvier 2007

La répression des homosexuels en France et au Québec. Du bûcher à la mairie

Professeur au Département de criminologie de l’Université d’Ottawa, Patrice Corriveau détient un doctorat en sociologie de l’Université Picardie Jules Verne (France) et de l’Université Laval (Québec). Il a également occupé le poste d’analyste principal des politiques pénales du ministère de la Justice du Canada et collaboré à la publication de plusieurs livres.

En juin 1997, au cours d’une croisière sur le Saint-Laurent, Patrice Corriveau assiste aux mesquineries agressives « d’une bande de blancs-becs arrogants à la testostérone débordante envers un jeune homme au style vestimentaire un peu trop efféminé ». Pour la première fois, l’homophobie vient le frapper de plein fouet. Il décide alors d’entreprendre une longue étude qu’il consacre aux organes et au discours institutionnel au travers des filtres de l’appareil répressif, de la médecine, de la famille et de la religion, de l’antiquité gréco-romaine jusqu’à nos jours. S’ensuit également une comparaison de la situation entre la France et le Québec, du XVIIe siècle à aujourd’hui.
Issu d’une thèse universitaire et très richement documenté, cet ouvrage suit l’évolution de la répression juridique de l’homosexualité avec un souci évident de la précision. En effet, toutes les affirmations de l’auteur sont expliquées et démontrées avant de passer à l’aune de la contradiction et de déboucher sur une synthèse historiquement et juridiquement acceptable.
Le travail de Patrice Corriveau décortique la peur de l’homosexuel et la haine qu’elle engendre. C’est une véritable somme scientifique. Malgré son caractère ardu et l’apparence de complexité inhérent à ce type d’ouvrage, ce livre se laisse approcher et pénétrer facilement. L’auteur n’hésite pas à aborder toutes les questions y compris les plus gênantes, sans parti pris et avec rigueur. Il cherche à s’interroger de manière exhaustive, avant de se forger une conviction précise et étayée. Bref, une référence pour les chercheurs ou ceux qui veulent parfaitement maîtriser la question, et un excellent livre pour les autres.

Patrice Corriveau, La Répression des homosexuels au Québec et en France - Du bûcher à la mairie, éditions du Septentrion, Québec, 2006, 240 pages, 27.95 $.

Pour lire un extrait (introduction, annexes, table des matières, cliquez ici.

Pour commander : éditions septentrion.

mercredi 24 janvier 2007

Clarifications sur l'homosexualité dans la Bible

4ème de couverture, éditions du Cerf, 2006 :

"La Bible parle-t-elle de l'homosexualité ? Très peu ! Trois exégètes chrétiens, deux catholiques et un protestant, relèvent le défi de lire le texte biblique sans tabou ni préjugé et sans recourir à des interprétations personnelles ou ecclésiales.

Innocent Himbaza étudie les récits souvent cités dans les discussions sur l'homosexualité comme l'histoire de Sodome (Genèse 19), celle des hommes de Guivéa (Juges 19), l'amour entre Jonathan et David dont l'histoire est racontée dans les livres de Samuel.

Adrien Schenker relit les lois du Lévitique (18 et 20) et la règle de conduite qu'elles énoncent en les replaçant dans leur contexte immédiat. Il peut ainsi répondre à la question de savoir pourquoi la pratique de l'amour homosexuel est interdite par la loi de Moïse.

Le Nouveau Testament dit-il autre chose que l'Ancien ? Jean-Baptiste Edart étudie les textes de Paul sur les pratiques homosexuelles (Romains 1 ; 1 Corinthiens 6 ; 1 Timothée 1), puis se demande dans quelle mesure les évangiles peuvent intervenir dans le débat.

Ce livre, qui n'est pas un traité d'éthique sur l'homosexualité, entend seulement apporter quelques clarifications en montrant la portée de la Bible sur cette question."

Pour d'autres points de vue, on peut consulter le post "Bible et homosexualité" sur ce blog (daté du 12 juillet 2006).

lundi 22 janvier 2007

L'abbé Pierre est mort : "Santo subito !"

Il y a quelques jours, Cathogay évoquait pour nous l'anniversaire de la mort du secrétaire de l'abbé Pierre, Jacques Perotti.
Aujourd'hui, c'est celui qu'il a servi pendant 20 ans qui le rejoint parmi les nombreux saints du ciel... canonisés ou pas !

Réaction du Vatican le mardi 23 janvier 2007 :

« Informé du décès de l’abbé Pierre, le Saint-Père rend grâce pour son action en faveur des plus pauvres, par laquelle il a donné un témoignage de la charité qui nous vient du Christ. Il le confie à la miséricorde divine et demande au Seigneur d’accueillir dans la paix de son royaume ce prêtre qui a toute sa vie lutté contre la misère. En gage de réconfort et d’espérance, Sa Sainteté vous envoie de grand cœur, ainsi qu’à la famille du défunt, aux membres des Communautés d’Emmaüs et à toutes les personnes réunies pour la cérémonie d’adieu la Bénédiction Apostolique ».

Cardinal Tarcisio Bertone, Secrétaire d’État de Sa Sainteté


PARIS (AFP), 08:06
© AFP
L'Abbé Pierre à son domicile, le 03 août 2005 à Alfortville
L'Abbé Pierre à son domicile, le 03 août 2005 à Alfortville

"L'abbé Pierre, fondateur des compagnons d'Emmaüs, résistant et ancien député, est décédé lundi à 05H25 à l'âge de 94 ans à l'hôpital parisien du Val-de-Grâce où il était hospitalisé depuis une semaine, a annoncé le président d'Emmaüs France, Martin Hirsch.

"L'abbé Pierre est mort cette nuit à 5H25 au Val de Grâce entouré de quelques proches", a indiqué Martin Hirsch. "L'infection pulmonaire pour laquelle il avait été hospitalisé après une amélioration tout au long de la semaine l'a finalement emporté".

L'abbé Pierre, de son nom Henri Grouès, était hospitalisé depuis le 14 janvier. Il avait fondé la première communauté Emmaüs en 1949. En février 1954, il lança un appel resté célèbre sur les ondes de Radio-Luxembourg en faveur des sans-abri. Il fut longtemps la personnalité préférée des Français.

Le président Jacques Chirac s'est dit lundi matin "bouleversé" d'apprendre son décès estimant que "c'est toute la France qui est touchée au coeur". "Le président de la République est bouleversé d'apprendre le décès de l'abbé Pierre, pour lequel il éprouvait un immense respect et une profonde affection", a indiqué l'Elysée dans un communiqué.

L'abbé Pierre, de santé fragile du fait de ses 94 ans, vivait à Alfortville (Val-de-Marne) et faisait des contrôles de santé de plus en plus fréquemment. "Il était prévu que l'abbé Pierre soit hospitalisé pour un bilan de santé" mais son admission le 14 janvier au Val de Grâce avait été anticipée du fait d'"une petite infection", avait alors déclaré Martin Hirsch.

© AFP
L'Abbé Pierre à son arrivée en 1954 à l'Elysée à Paris
L'Abbé Pierre à son arrivée en 1954 à l'Elysée à Paris

L'abbé Pierre fut pendant un demi siècle l'infatigable et l'efficace pèlerin des démunis, des sans-toit et des sans-droits, un sacerdoce qui lui valut le soutien et l'admiration constants des Français. Le curé des pauvres restera dans le souvenir de ses contemporains cette frêle silhouette drapée dans sa soutane ou son long manteau noir, portant béret, canne et godillots. Le visage émacié à la barbe grise, il frappait par son regard brûlant, son espièglerie et sa véhémence convaincante.

Mystique, il choisit dès l'enfance son destin et son combat : la lutte contre la pauvreté. A 18 ans, il distribue son patrimoine hérité d'un père "soyeux" lyonnais à des oeuvres charitables et rejoint les Capucins, le plus pauvre des ordres mendiants. Résistant actif sous l'Occupation - où il adopte son pseudonyme - il choisit la politique à la Libération et est élu député chrétien-démocrate (MRP) de Meurthe-et-Moselle, jusqu'à sa démission en 1951. Il consacre ses indemnités parlementaires au financement des premières cités d'urgence.

© AFP
L'Abbé Pierre au milieu d'une famille de sans-abris, le 02 février 1954 à Paris
L'Abbé Pierre au milieu d'une famille de sans-abris, le 02 février 1954 à Paris

En 1949, il a l'idée de génie de créer la communauté Emmaüs fondée sur le principe de demander aux exclus de pourvoir eux-mêmes à leurs besoins en récoltant les surplus des nantis, rompant ainsi avec la charité traditionnelle. Hiver 1954 : Une femme meurt de froid dans la rue. L'abbé lance un appel pathétique en faveur des sans-abri sur les ondes de Radio-Luxembourg qui suscite un gigantesque élan de solidarité. Le religieux comprend alors le poids des médias.

Sa vie n'est que fidélité à son action contre "le chancre de la pauvreté" et à sa méthode, les "coups de gueule" par voie de presse. "Les médias existent, il serait idiot de ne pas les utiliser", dit-il un jour avec candeur. Il aurait pu tenir le même raisonnement à propos des hommes politiques, qu'il bousculait, de quelque bord qu'ils soient, refusant toute récupération.

Revenu sur le devant la scène dans les années 80, il soutient Coluche et ses "Restaurants du coeur", martelant qu'"avoir faim à Paris est intolérable".

En 1994, quarante ans après son premier cri pour les sans-logis, l'abbé lance un nouvel appel, dirigeant sa colère non plus sur l'Etat, mais sur les maires des grandes villes, coupables d'impéritie en matière de logement des plus démunis. Tenace, il recommence en 2004. Toujours "sur le terrain", l'abbé soutient les occupations d'immeubles vides par les militant de l'association Droit au logement (DAL) ou par les Africains expulsés de l'église Saint-Ambroise à Paris en 1996.

Promu Grand officier de la Légion d'Honneur en 1992, il repousse cette distinction avec fracas - il ne l'acceptera qu'en 2001 - pour protester contre le refus du gouvernement d'attribuer des logements vides aux sans-logis, coup d'éclat qui contribue à faire appliquer la loi de réquisition.

Aucune souffrance ne le laissait indifférent : en 1993, il écrit au président Mitterrand pour réclamer une intervention militaire en Bosnie-Herzégovine, où, dit-il, "les limites du crime sont dépassées".

Trois ans plus tard, il provoque le désarroi chez ses proches en apportant son soutien au philosophe Roger Garaudy, auteur d'un livre révisionniste. Puis il s'explique et se repent.

Au soir de sa vie, le prêtre chiffonnier évoquait la mort comme "une impatience" : "La mort, c'est la sortie de l'ombre. J'en ai envie. Toute ma vie, j'ai souhaité mourir"."

vendredi 19 janvier 2007

Colloque "Sexualité et religions" - 20 janvier 2007

3e colloque du Réseau de Recherche Psychanalyse et Religion, organisé par l’équipe "Interactions de la psychanalyse"

20 janvier 2007, de 9h à 17h30 - Entrée libre

Grand amphithéâtre du CMME, Hôpital Sainte-Anne, 1 rue Cabanis (ou 100 rue de la Santé), 75014 Paris.

Colloque organisé par Sophie de Mijolla-Mellor et Véronique Donard

Intervenants : Fethi Benslama, Dominique de Courcelles, Véronique Donard, Philippe Gutton, Jean-Michel Hirt, Alain Houziaux, Véronique Margron, Sophie de Mijolla-Mellor, Jacques Scheuer, Jacques Sédat, Odon Vallet, Georges Zimra.

Argument

L’Eros désexualisé est au fondement de la relation d’amour du croyant à son Dieu et la pratique cultuelle de la sexualité faisait partie intégrante des rites dits païens de l’Antiquité et de la plupart des religions orientales. Car, sous une forme exaltée, sublimée, la relation sexuelle constitue le modèle même de l’alliance de l’humain et du divin et l’extase du plaisir n’est jamais loin de la transcendance. On ne s’étonnera pas que les religions aient eu à cœur de réglementer la sexualité - par exemple, en la prescrivant dans un sacrement comme le mariage -, en la limitant (interdit de la contraception, de l’homosexualité, de l’amour « libre ») ou en l’interdisant, dans certains cas, pour les servantes et les ministres du culte. Ainsi canalisé, le sexuel inspire et entraîne les passions religieuses sublimées, mais à quel prix et jusque dans quelles limites ? Des images de l’homme, de la femme et du désir se dégagent ainsi de cette présence du sexuel impossible à ignorer, leurs représentations mythiques, iconographiques le cas échéant sont révélatrices des options profondes et des sensibilités des diverses religions. Fidèle au principe de faire dialoguer psychanalyse et religions dans leurs expressions variées, ce troisième colloque du RRPR interrogera les renoncements et les passions qui animent l’expression du religieux et ses codifications.

Programme

Matinée présidée par Odon Vallet

Accueil : 8h30

1. Table ronde « Quel renoncement pour quel amour ? »
- 9h-9h30 : Alain Houziaux : Le renoncement à la chair aux origines du christianisme
- 9h30-10h : Jean-Michel Hirt : L’Amour à deux faces
- 10h-10h30 : Dialogue avec la salle animé par Fethi Benslama
- 10h30-10h45 : Pause

2. Table ronde « Mystique et sexualité »
- 10h45-11h15 : Véronique Donard : L’érotique du divin : désir et détachement
- 11h15-11h45 : Jacques Scheuer : Le cas Ramakrishna à la lumière de la tradition hindoue
- 11h45-12h30 : Débat avec la salle animé par Sophie de Mijolla-Mellor

Après-midi présidée par Sophie de Mijolla-Mellor

3. Table ronde « Pouvoir et sexualité »
- 14h-14h30 : Georges Zimra : Epouse de Dieu, maîtresse du diable. Amour courtois, mystique chrétienne et possession démoniaque
- 14h30-15h : Dominique de Courcelles : Le sang, l’amour et la mort des religieuses de Port-Royal
- 15h-15h30 : Dialogue avec la salle animé par Philippe Gutton
- 15h30-15h45 : Pause

4. Table ronde « Quel dialogue avec Rome ? »
- 15h45-16h15 : Odon Vallet : De la Bible à la position romaine : la question du célibat imposé et de l’homosexualité
- 16h15-16h45 : Véronique Margron : Pour l’Église catholique, se mêler de sexualité, pourquoi ?
- 16h45-17h30 : Débat avec la salle animé par Jacques Sédat.

J'y serai toute la journée.

jeudi 18 janvier 2007

"Vivere" de Vasco Rossi





Vivere
è passato tanto tempo
Vivere!
è un ricordo senza tempo
Vivere
è un po' come perder tempo
Vivere.....e Sorridere!.......
VIVERE!
è passato tanto tempo
VIVERE!
è un ricordo senza tempo
VIVERE!
è un po' come perder tempo
VIVERE....e Sorridere dei guai
così come non hai fatto mai
e poi pensare che domani sarà sempre meglio
OGGI NON HO TEMPO
OGGI VOGLIO STARE SPENTO!

Vivere!
e sperare di star meglio
Vivere
e non essere mai contento
Vivere
come stare sempre al vento
VIVERE!......COME RIDERE!!!

VIVERE!
anche se sei morto dentro
VIVERE!
e devi essere sempre contento!
VIVERE!
è come un comandamento
VIVERE..... o SOPRAVVIVERE....
senza perdersi d'animo mai
e combattere e lottare contro tutto contro!.....
OGGI NON HO TEMPO
OGGI VOGLIO STARE SPENTO!.....

VIVERE
e sperare di star meglio
VIVERE VIVERE
e non essere mai contento
VIVERE VIVERE
e restare sempre al vento a
VIVERE.....e sorridere dei guai
proprio (così) come non hai fatto mai
e pensare che domani sarà sempre meglio!!!!!


Vivre,
il s'est passé tant de temps.
Vivre,
c'est un souvenir éternel.
Vivre,
c'est un peu comme perdre du temps
vivre... et sourire !
VIVRE,
il s'est passé tant de temps.
Vivre,
c'est un souvenir éternel.
vivre
c'est un peu comme perdre du temps
vivre... et Sourire des ennuis
ainsi comme tu n'as jamais fait
et puis toujours penser que demain sera toujours mieux (demain sera un autre jour ?)
AUJOURD'HUI JE N'AI PAS LE TEMPS
AUJOURD'HUI JE VEUX RESTER ETEINT (en paix)

Vivre
et espérer aller mieux.
Vivre
et n'être jamais content
Vivre
comme rester toujours au vent.
Vivre... comme rire

Vivre,
même si tu es mort à l'intérieur.
Vivre,
et tu dois être toujours content.
Vivre,
c'est comme un commandement.
Vivre... ou survivre
sans jamais perdre son âme
et combattre et lutter contre tout contre !!!

AUJOURD'HUI JE N'AI PAS LE TEMPS
AUJOURD'HUI JE VEUX RESTER ETEINT

Vivre,
et espérer aller mieux.
Vivre
et n'être jamais content.
Vivre, vivre,
et rester toujours au vent à
vivre et sourire de tous les problèmes
vraiment (comme ça) comme tu n'as jamais fait
et puis penser que demain sera toujours meilleur!

La matrice de la race

Généalogie sexuelle et coloniale de la nation française d'Elsa Dorlin (La Découverte, septembre 2006, 303 p., 27 euros) :

Elsa Dorlin est maître de conférences en philosophie à Paris-I. Ses travaux portent sur l’histoire de la médecine, les théories féministes et la production du racisme.

En résumé :

"Au XVIIe siècle, les discours médicaux affligent le corps des femmes de milles maux: suffocation, descente de la matrice, hystérie, fureur utérine. Le sain et le malsain fonctionnent alors comme des catégories de pouvoir, fabriquant l'inégalité entre sexes. Aux Amériques, les premiers naturalistes prennent alors modèle sur la différence sexuelle pour élaborer le concept de « race » : les Indiens Caraïbes ou les esclaves déportés seraient des populations au tempérament pathogène, efféminé et faible. Puis, au début du XVIIIe siècle, c'est le souci de la santé et la crainte du dépeuplement qui pousse les médecins à promouvoir le modèle d'une femme saine et maternelle, opposée aux figures d'une féminité 'dégénérée' et qu'incarnera l'esclave africaine. Au croisement de la philosophie, des études sur le genre et de la science politique, Elsa Dorlin analyse comment les enjeux politiques sont articulés à la définition du genre, de la sexualité et de la race. Dans cet ouvrage, elle donne à comprendre en quoi le modèle d'une figure féminine saine et maternelle a déterminé la conception de la race et du racisme à l'oeuvre lorsque la nation française s'engageait dans l'esclavage et la colonisation. L'auteure montre ainsi comment on est passé de la définition d'un « tempérament de sexe » à celle d'un « tempérament de race ». La Nation prend littéralement corps dans le modèle féminin de la « mère », blanche, saine et maternelle, opposée aux figures d'une féminité « dégénérée » – la sorcière, la vaporeuse, la vivandière hommasse, la nymphomane, la tribade et l'esclave africaine. Il apparaît ainsi que le sexe et la race participent d'une même matrice au moment où la Nation française s'engage dans l'esclavage et la colonisation."

Table des matières :

Préface - Intdocution - I / Les maladies des femmes - 1. Le tempérament - La fabrique du sexe - Les philosophies de l'égalité des sexes - 2. La maladie a-t-elle un sexe ? - Engorgées, suffoquées, obsédées - L'hystérie : protée ou chimère ? - 3. Des corps mutants : prostituées, Africaines et tribades - Un précédent : les « mules du démon » - Furieuses et fricatrices - 4. Fureur et châtiments - De la fureur à la nymphomanie - Reféminiser les Européennes - II / L'engendrement de la nation - 5. Les vapeurs de la lutte des classes - Les vigoureuses paysannes : un modèle transitoire de santé - Domestiques nymphomanes et bourgeoises hystériques - 6. La naissance de la « mère » - L'élaboration d'un concept de santé féminine - La rhétorique féministe des médecins natalistes - 7. Épistémologie historique des savoirs obstétriques - Matrones et sages-femmes - Secrets des femmes vs science obstétrique - 8. Le lait, le sang, le sol - Une démiurgie monstrueuse : les nourrices - Du dépeuplement à la dégénérescence - Hybridité des peuples et marchés aux esclaves - III / La fabrique de la race - 9. La Nation à l'épreuve des colonies - La question de l'autochtonie - Du corps colonial au corps national - 10. Généalogie du racisme - L'émergence du concept moderne de la race - Du tempérament de sexe au tempérament de race - 11. Les « maladies des nègres » - Médecine coloniale et médecine esclave - L'esclavage, un régime de santé - De la pathologisation à la racialisation - Épilogue : Défaire la race - Bibliographie - Index des notions.

Extraits de presse :


« A lire une autre spécialiste de l'histoire du rascisme, Elsa Dorlin, maître de conférences en philosophie à l'université Paris 1, les premières "indigénes de la République" seraient d'abord bel et bien les femmes. Pour argument, son dernier ouvrage, La matrice de la race. Généalogie sexuelle et coloniale de la nation française ( La Découverte, 2006), où elle tente de décrypter en quoi les discours sur le genre et la race se modélisent l'un par rapport à l'autre. »
L'HUMANITE

« La matrice de la race est une étude qui, dans la lignée du Black Feminism américain (dont Angela Davis est l'une des principales théoriciennes) se donne pour projet de réfléchir sur les rapports entre sexe et race. »
TETU

« Premier livre d'une nouvelle collection consacrée aux "genre et sexualité" aux éditions La Découverte, l'ouvrage d'Elsa Dorlin offre un exemple brillant et érudit de la raison d'être de leur étude. »
POLITIS

« ... l'ampleur de sa documentation et la puissance de ses analyses feront assurément de ce livre la matrice féconde d'un renouveau de la réflexion, tant sur le plan théorique que politique. »
LE NOUVEL OBSERVATEUR

« ... un bel esai signé Elsa Dorlin. »
LE MONDE

« Michel Foucault avait naguère montré que le sexe était moins une donnée anatomique qu'une construction sociale. Maître de conférences en philosophie à Paris 1, Elsa Dorlin révèle comment la naissance de la nation au XIXème siècle hérite des curieuses représentations du corps de la femme et de l'indigène. »
LE QUOTIDIEN DU MEDECIN

« Avec La matrice de la race, généaloge sexuelle et coloniale de la nation française, les éditions La Découverte lancent leur collection genre et sexualité, première en France à faire directement écho aux gender studies américaines, champ d'étude transdisciplinairequi entend traquer les inégalités sexuelles dans les moindres recoins des dictionnaires. »
CHRONIC'ART

mercredi 17 janvier 2007

Italie : les protestants critiquent le poids de l'Eglise dans la politique

"L'Eglise vaudoise, principale branche de la minorité protestante en Italie, a reproché à l'Eglise catholique sa volonté de toujours se placer "au centre" des débats de société au mépris de la laïcité de l'Etat, dans un communiqué.
"L'Eglise catholique considère que la laïcité de la République italienne est "saine" dans la mesure où celle-ci lui reconnaît cette place centrale (...) et dit non au PaCS, à une loi sur l'euthanasie et ainsi se suite",
accuse la commission bioéthique de l'Eglise vaudoise.
"Face à cette prétention catholique, le gouvernement et les parlementaires, sauf de rares exceptions, n'osent plus s'exprimer sur ces sujets",
ajoute-t-elle, alors que la majorité parlementaire et le gouvernement de gauche peinent à concrétiser leur promesse électorale de légaliser les "unions de faits"."

L'Eglise catholique et le "genre"

Info. trouvée sur la blogosphère :

"Selon un sondage récent, 51% des français seulement se déclarent catholiques.

A ce sujet le Père Madelin, qui est aussi un sociologue réputé, déclare dans les colonnes du Figaro : "Je pense que la société fait aussi payer à l’Eglise le monopole de la régence sur les consciences, longtemps exercée".

On ne saurait mieux dire.

Le néo-intransigeantisme actuel, désireux de revenir à un état de choses passées semble s’aveugler sur les réactions néfastes qu’il susciterait de toute façon, même à court terme.

Au sujet de la posture défensive adoptée par l’institution catholique sur un certain nombre de questions disputées et délicates (il cite l’homoparentalité et la question du genre masculin et féminin), le Père Madelin met juste en garde : "Si nous continuons sur ce chemin, la foi catholique pratiquée va devenir une contre-culture".

L’épiscopat a bien mis en place une commission de travail sur la question du "genre", présidée par Mgr Jean-Louis Bruguès, l’évêque d’Angers, mais malheureusement pas dans le sens d’une réforme de ses propres certitudes affichées en la matière..."

Mgr André Vingt-Trois

Info. trouvée sur la blogosphère :

"Cela s’appelle faire feu de tout bois.

Parfois, en certaines circonstances, il y a là un signe d’habileté. Parfois, au contraire, certaines exploitations atteignent l’indécence. C’est le cas en particulier lorsqu’on exploite au service d’une vision idéologique un drame humain, individuel ou social.

Lors de son sermon de Noël, Mgr André Vingt-Trois, archevêque de Paris, semble avoir franchi la ligne rouge. En effet, il a cru pouvoir se permettre de se référer au drame vécu par de nombreux SDF pour entonner un refrain sempiternel totalement hors de propos. La situation des "miséreux" (terme désuet, sinon ridicule, serait dû à son avis à la "culture libertine" qui règne actuellement et à la confusion qui régnerait au sujet de la notion de famille.

Le mariage homosexuel cela fait des clochards au bout du compte, c’est bien connu."

mardi 16 janvier 2007

Ichtus

Dans un post récent, CathoGay signale "un article qui constate que, curieusement, le fameux poisson (ichtus en grec) est en train de devenir un signe majeur des homosexuels catholiques et surtout de la pastorale auprès des minorités sexuelles. Et, tout comme l'auteur de l'article, je trouve aussi qu'il y a quelque chose du symbole providentiel à ce que le signe des premiers chrétiens, qui étaient connus comme les pisciculi (littéralement: les petits poissons ou fretins), du temps de la persécution et des catacombes, devienne de plus en plus le signe des catholiques homosexuels... Une initiative qui date de 1984 et qui provient de l'archidiocèse de Los Angeles, avec la création du premier "vicariat" destiné aux homosexuels catholiques".

lundi 15 janvier 2007

Manifestation au Vatican pour la reconnaissance des couples homosexuels

Les défenseurs des unions entre personnes de même sexe ont manifesté samedi place Saint-Pierre au Vatican pour dénoncer l'opposition de l'Eglise catholique à la légalisation des couples homosexuels.

200 personnes environ (40 l'année passée) ont manifesté à l'appel de l'organisation italienne de défense des droits des LGBT Arcigay. Elles commémoraient, comme chaque année, le suicide du poète sicilien homosexuel, Alfredo Ormando, qui s'était immolé il y a 10 ans place Saint-Pierre pour dénoncer l'homophobie de l'Eglise catholique.

Plusieurs membres de la manifestation portaient des drapeaux gay et des banderoles de protestation condamnant notamment l'ingérence permanente du pape dans la politique italienne sur le dossier des unions de fait et réclamant au plus vite le vote du statut promis par le gouvernement Prodi.
"Les interventions papales sont quasi-quotidiennes, elles frisent l'obsession", a-t-il déclaré le leader d'Arcigay. Or, a-t-il ajouté, "le Parlement doit discuter de ce sujet en toute liberté, sans pressions du Vatican, et décider en toute indépendance comme tout Parlement souverain d'un Etat laïc".

Jeudi encore, le pape Benoît XVI a réaffirmé devant le maire de Rome son opposition au projet de reconnaissance des union civile: "Les projets qui visent à accorder à d'autres formes d'union (que le mariage) une reconnaissance juridique (...) paraissent dangereux et contreproductifs, car ils conduiront inévitablement à affaiblir et à destabiliser la famille légitime fondée sur le mariage", a-t-il déclaré. Le pape a fait cette déclaration à l'occasion d'une audience accordée au maire de Rome Walter Veltroni, importante figure de la gauche italienne, et aux élus de la région du Latium également dirigée par la gauche, alors que plusieurs propositions de loi sur les unions civiles ont été déposées par la gauche au Parlement.

Le gouvernement de centre-gauche de Romano Prodi, écartelé entre courants laïque et catholique, n'est pour sa part pas parvenu pour l'instant à se mettre d'accord sur un projet. La pression de l'Eglise catholique est très forte sur les courants issus de la Démocratie chrétienne pour leur faire abandonner toute idée de légiférer.

La commission justice du Sénat italien a entamé mercredi l'examen de propositions de loi sur cette reconnaissance juridique, premier pas vers l'adoption d'une législation promise par le gouvernement de centre-gauche de Romano Prodi.

Il y a un an, voici ce qu'on pouvait lire à peu près à la même date :

"Une quarantaine de personnes se sont rassemblées vendredi place Saint-Pierre au Vatican pour protester contre les propos de Benoît XVI condamnant les unions civiles, homosexuelles et hétérosexuelles, a indiqué à l'AFP Franco Grillini, député de gauche et responsable de l'association Arcigay.Le pape a qualifié jeudi de "grave erreur" le fait "d'obscurcir la valeur et les fonctions de la famille légitime fondée sur le mariage, en attribuant à d'autres formes d'union des reconnaissances juridiques dont l'exigence sociale n'est pas une vraie réalité"."L'Eglise catholique repousse encore une fois le PACS, et on ne comprend pas bien pourquoi elle s'ingère ainsi dans la politique italienne", a dénoncé M. Grillini, député du principal parti d'opposition DS (démocrates de gauche) et un des responsables de la première association italienne de défense des homosexuels, Arcigay.Benoît XVI a fait ces déclarations alors qu'il recevait des responsables politiques locaux de la région du Latium, de la province et de la commune de Rome."Nous manifestons également pour protester contre l'homophobie de toutes les religions monothéistes", a tenu à souligner Franco Grillini.Les manifestants ont par ailleurs rendu un hommage à Alfredo Ormando, un Italien de 39 ans qui s'était immolé par le feu place Saint-Pierre le 13 janvier 1998 pour dénoncer l'attitude de l'Eglise envers les homosexuels.Samedi à Rome, des milliers de personnes sont attendues pour manifester en faveur de l'instauration en Italie d'un Pacs à la française. A cette occasion, un magistrat de la cour de cassation célébrera symboliquement l'union d'une dizaine d'élus politiques italiens (Source : La Croix, 16/01/2006)."

samedi 30 décembre 2006

Stéphane Clerget : On ne naît ni homo, ni hétéro

Médecin psychiatre et pédopsychiatre, Stéphane Clerget est à la fois chercheur et clinicien. Il travaille notamment sur la construction de l’identité sexuée chez l’enfant. Il revient pour "Illico" sur "Comment devient-on homosexuel ou hétérosexuel ?", le premier ouvrage qu’il consacre à l’homosexualité. Comment vous est venue l’idée de consacrer, à votre tour, un ouvrage à ce sujet ? Qu’apporte-t-il de nouveau ?

On trouve dans de nombreux ouvrages généralistes relatifs à la sexualité le chapitre convenu sur les "causes" ou les "origines" de l’homosexualité. Les réponses sont habituellement toutes aussi convenues. Chez les anglo-saxons, il est question du gène ou des hormones qui clôt toute réflexion. Or l’analyse des études montre qu’il n’y a pas de vérité génétique ni hormonale des préférences sexuelles. Chez nous, on en est surtout resté aux tout premiers écrits freudiens, mal interprétés de surcroît, et il est alors question pour les homos masculins de narcissisme, de perversion ou d’un excès de mère associé à une carence paternelle. Quant à l’homosexualité féminine, c’est encore plus lapidaire. D’autres part, les écrits sur le sujet prennent rapidement une dimension idéologique qui parasite la réflexion. Le simple fait que l’on questionne sur les "causes" de l’homosexualité sans se questionner sur celles de l’hétérosexualité démontre un a priori sur l’homosexualité, qui serait, sinon pathologique, du moins issue d’une déviance par rapport à un développement hétérosexuel qui irait de soi. Ce livre est, je crois, le premier à proposer un regard approfondi et synthétique sur la question en mêlant les approches psychologiques, médicales, historiques, sociologiques, ethnologiques, c’est-à-dire des points de vue complémentaires et qui se trouvent être convergents dans
l’affirmation du caractère essentiellement acquis de notre orientation
sexuelle. Il apporte aussi un regard neuf en tenant compte des recherches génétiques de ces quinze dernières années, et des avancées toutes récentes en neurobiologie. Enfin il est nourri des résultats de mes observations personnelles dans le cadre de psychanalyses d’enfants et d’adolescents. Les avancées actuelles en psychanalyse doivent beaucoup aux psychanalystes d’enfants.

Dans votre livre, vous avez choisi de convoquer de nombreuses disciplines (l’histoire, l’ethnologie, l’éthologie …) assez éloignées de la médecine, de la psychologie… Pourquoi un tel choix ? Est-ce par crainte d’enfermer votre propos dans un discours trop médical qui susciterait le rejet ?

Si une crainte était à l’origine de ce choix, ce n’était pas celle d’un hypothétique rejet mais plutôt celle que mon regard fût incomplet. Mais en effet, une approche purement médicale ou psychiatrique de l’homosexualité préjugerait de son caractère pathologique. La sexualité et l’amour chez l’homme ne sont la chasse gardée ni des médecins, ni des poètes. Ils ont leurs places dans chacun de ces champs d’études. C’est par l’ensemble des sciences humaines que l’on peut prétendre approcher de la vérité humaine. A la différence des animaux, notre sexualité est surtout dans la tête en raison de l’importance de notre néocortex. Et la dimension culturelle illustrée par l’approche historique, ethnologique ou sociologique influence la perception que chacun a de sa propre sexualité et de celle des autres, et participe à son orientation. L’environnement social et culturel donne des modèles et des voies possibles ou non, en fonction de notre apparence et de notre statut. Le regard des historiens rappelle la relativité des représentations sociales. Ainsi ai-je été surpris de découvrir qu’il a existé pendant des siècles un ancêtre de PACS au moyen age nommé le contrat d’affrèrement.

Votre ouvrage, d’entrée de jeu, affirme qu’on "ne naît pas homo mais qu’on le devient". Vous étayez cette thèse en faisant le point sur les dernières découvertes en neurobiologie ou en génétique avec des arguments qui semblent imparables. Comment expliquez-vous que de nombreux homosexuels et lesbiennes, à chaque génération, soutiennent encore la thèse que leur orientation sexuelle est innée ?

Si d'entrée de jeu j’affirme que l’on devient homo, c’est parce que je donne d’emblée le résultat de mes recherches. Je ne suis pas parti d’un a priori. J'affirme aussi, et ce n'est pas anodin, que l'on ne naît pas hétéro. Mais les réactions que j’ai recueillies autour de ce travail vont dans le sens de ce que vous dites. En effet des homos réagissent mal à l’idée du caractère acquis de leurs préférences sexuelles. Leurs parents aussi d’ailleurs qui se croient coupables d’avoir mal fait. C’est peut-être pour soutenir leurs parents que ces homosexuels défendent la thèse de l’inné. La réponse génétique a l’avantage d’être simple. Elle permet à ceux qui n’aiment pas se prendre la tête d’éviter de se poser des questions sur leur développement personnel. Homo ou hétéro que craint-on dans l’idée du caractère acquis ? Sans doute de perdre ses certitudes. L’idée qu’on aurait pu être différent réveille l’inquiétante perspective qu’on pourrait devenir quelqu’un d’autre. Et notre conscience de soi n’aime guère les jeux de miroir. Il y a des désirs qu’on a refoulés, homo ou hétéro et on n’a pas envie d’un retour du refoulé. Mais la principale raison est, je crois le jugement défavorable, quand ce n’est pas franchement hostile, qui continue d’être porté sur l’homosexualité. Et partant de là, le caractère acquis fait croire qu’il y a eu une malfaçon dans la construction de leur identité. "Revendiquer" le caractère inné est alors une façon de revendiquer dans leur construction l’absence de "faute", de "déviance" ou de "péché" au nom de quoi violence est faite à l’encontre des homos. Si l’homosexualité, comme cela le fut en d’autres cultures, n’était pas considérée de façon péjorative, peu importeraient aux personnes concernées le caractère acquis ou inné de son origine. Mais, dans mon livre, je montre que le caractère acquis de l’homosexualité n’implique pas un accident de parcours ou une déviation dans le développement. C’est acquis comme l’est par exemple le langage. Il y a différentes façons de s’exprimer aussi normales les unes que les autres. Bien sûr il existe des troubles du langage comme il y a des troubles du développement psycho-sexuel mais ils concernent autant les homos que les hétéros. Futurs homos ou hétéros nous passons tous par les mêmes stades de développement. Apprentissages, expériences, rencontres nous sont plus ou moins communes. Mais si l’on fait le même voyage, on en garde pas tous le même souvenir. Notre orientation sexuelle est la synthèse de ces souvenirs.

Votre livre, qui est respectueux des homosexuels, défend l’idée que l’homosexualité est en très grande part acquise. Or c’est justement en référence à cette idée (l’homosexualité est un choix) que de nombreux opposants aux revendications des homosexuels leur contestent le droit à une égalité sociale et juridique. Quel est votre avis et que pensez-vous de l’utilisation ainsi faite de cet argument ?

Le caractère acquis de l’homosexualité n’en fait pas un choix volontaire et conscient. On ne décide pas un beau matin de devenir homosexuel. Mais l’enfant a une part active dans ce qu’il deviendra, ne serait ce que dans ses choix d’identifications, dans ses choix de réaliser tel désir conscient ou non d’un parent, dans ses choix relationnels, dans ses renoncements aussi. Si l’orientation sexuelle est en partie la conséquence de certains de ces choix, c’est une conséquence indirecte.
Quand vous parlez des revendications a une égalité sociale et juridique, je pense que vous parlez de l’égalité de droits des couples (union civile, adoption, succession). Quand bien même l’homosexualité résulterait d’un choix volontaire et conscient. En quoi cela justifierait-il que des couples homos n’aient pas des droits équivalents aux couples hétéros. Le désir homosexuel ou le renoncement à l’hétérosexualité n’est pas synonyme du renoncement à former un couple. Devenir homosexuel est simplement le désir d’accomplir ce "nous-même" avec un autre de son sexe. De même le désir hétérosexuel ou le renoncement à l’homosexualité n’implique pas de renoncer à former des amitiés avec des personnes de son sexe. Quant au désir d’élever des enfants, il est indépendant de l’orientation sexuelle. Il n’y a pas habituellement de renoncement à la procréation ou à la parentalité dans l’origine du désir homosexuel. D’ailleurs le fantasme de procréation peut être présent dans l’inconscient de personnes de même sexe qui font l’amour.
Ce discours des "opposants" que l’on pourrait résumer par "les homos veulent le beurre et l’argent du beurre" est probablement tenu par ceux là même qui ont renoncé amèrement au cours de leur développement à des désirs homos afin de s’assurer la réalisation de leur vœu à fonder une famille. Le constat que des personnes cherchent à réaliser ces deux types de désirs (désir homos et famille) suscitent en eux l’envie, terreau de la haine.

Vous présentez très longuement les développements modernes de la psychanalyse sur la question de la sexualité et par conséquent de l’homosexualité. A tel point qu’on peut penser que cette discipline, qui n’est pas une science, a plus d’importance encore (pour expliquer que nous ne naissons pas homosexuels) que la neurobiologie, la génétique… Est-ce ce que vous pensez ? Et dans ce cas, n’y a-t-il pas un problème à privilégier ainsi une discipline qui a très largement contribué à ostraciser les homosexuels ?

Les théories neurobiologiques sont peut-être plus faciles à résumer que la psychanalyse où il faut faire davantage attention au poids des mots. Quoi qu’il en soit, l’abord neurobiologique me fait également conclure au caractère essentiellement acquis de l’homosexualité. N’oublions pas que les premiers psychanalystes se sont élevés contre le concept de dégénérescence mentale prôné depuis un siècle à propos de l’homosexualité. Freud refusait de la considérer comme une maladie ou un délit. Certes par la suite, beaucoup de psychanalystes ont remplacé la "dégénérescence" par la perversion, le trouble de personnalité voire la psychose. Pourtant la psychanalyse reste un formidable moyen de compréhension de fonctionnement humain et est surtout un outil très performant pour libérer les individus de leurs entraves psychiques. Mais c’est un art difficile et le meilleur des outils n’est capable de rien sans bon artisan. Hélas, l’épouvantable homophobie sociale et individuelle dans l’occident du XXe siècle n’a pas contaminé que les psychanalystes. Vous savez, les neurobiologistes n’ont pas été les derniers à ostraciser les homosexuels. Jusqu’au milieu du XXe siècle
les traitements hormonaux, les castrations, les lobotomies (ablation d’une partie du cerveau), les chocs électriques, les épilepsies provoquées ont été allègrement utilisés pour "guérir" les individus de leur homosexualité considérée comme la résultante d’un problème neurobiologique. Si j'ai développé davantage la partie consacrée à la psychanalyse par rapport aux autres disciplines c'est qu'il me fallait argumenter avec précision des conceptions psychanalytiques innovantes qui donnent une interprétation autre de l'homosexualité. Et qui vont en effet à contre courant avec les interprétations psychanalytiques erronées, discriminatoires ou pathologisantes qui ont été avancées jusqu'à présent.

D’après votre expérience de médecin et de thérapeute, estimez-vous qu’il est important ou non pour les gays et les lesbiennes de comprendre pourquoi ils sont homosexuels ou elles sont lesbiennes ?

Non. Sauf si eux-mêmes le considèrent. Mais pour se libérer de certaines entraves à un épanouissement personnel ou simplement par curiosité, on peut être conduit à se questionner sur soi, son fonctionnement, et donc sur son histoire personnelle et familiale. Chemin faisant, on croisera certainement alors certains fondements à nos désirs, entrelacés avec les piliers de notre personnalité. Ce peut être aussi l’occasion, pour certains, de réaliser qu’être homosexuel n’est pas une anomalie de développement. Savoir qui l’on est et comment on le devient peut nous apaiser et nous rendre plus fort. Dans les faits, beaucoup d’homos s’interrogent. Ce qui pourrait être
important en revanche c’est que les hétéros se posent au moins une fois la question sur l’origine de leur propres choix et renoncements, ne serait-ce que pour réaliser que les homos et les hétéros ont bien plus de points communs que de différences.

Dans votre conclusion, vous expliquez qu’il ne faut pas confondre l’orientation sexuelle (être homo, hétéro, bi ou autre) et l’identité sexuelle (être homme ou femme). Vous indiquez que la nomination de l’orientation sexuelle n’est rien moins qu’un "étiquetage social" amené à évoluer. Par quels moyens, peut-on le faire évoluer ? Est-il souhaitable qu’il disparaisse ?

Si j’ai en effet conclu là-dessus, c’est pour passer le relais à autrui. Je vous rétrocède donc la question. La vision de l’homosexualité varie d’une culture à une autre. Chez nous, jusqu’à il y a deux siècles, les comportements érotiques de chacun, condamnés ou non, ne conféraient pas une identité. Votre journal, des mouvements associatifs, des politiques, vos lecteurs contribuent, je crois, à faire avancer la réflexion sur la façon dont on pourrait faire évoluer cet étiquetage social afin que les personnes concernées vivent en paix avec eux-mêmes et avec les autres. Si cet étiquetage disparaissait, l’orientation sexuelle d’un individu aurait socialement autant d’importance que la couleur de ses yeux. La question qui se poserait alors serait simplement de savoir si on a envie ou non de plonger son regard dans le sien.

"Comment devient-on homosexuel ou hétérosexuel ?"


On ne naît pas homo ou hétéro, on le devient", telle est la thèse conduite par Stéphane Clerget pour qui "nos préférences sexuelles, et leurs combinaisons dans une orientation hétéro ou homosexuelle, sont le fruit d’une évolution personnelle progressive. Elles s’acquièrent." Pour autant, Stéphane Clerget qui est médecin (chercheur et clinicien) ne conteste pas qu’une part de "l’innée existe" car "en amont de notre histoire individuelle, nous avons une préhistoire, représentée par notre capital physique et génétique." Mais, rajoute l’auteur : "nos préférences sexuelles, notre identité sexuelle s’affirment, pour l’essentiel, au fil de notre évolution personnelle". L’auteur en veut pour preuve que toutes les tentatives d’expliquer l’origine de l’homosexualité par la génétique ou la biologie ont échoué. Bien que médecin, Stéphane Clerget a compris qu’il y avait danger à n’enfermer son propos que du seul point de vue médical. Aussi a-t-il pris soin de l’élargir à d’autres disciplines : histoire, sociologie, éthologie, sociobiologie, l’anthropologie, etc. C’est d’ailleurs une des grandes qualités de l’ouvrage que de proposer une approche pluridisciplinaire de cette question montrant ainsi la variété des explications possibles et la complexité d’un phénomène : la détermination de l’orientation sexuelle. Du coup, les explications psychologisantes (père absent, mère dominatrice) cèdent le pas à des affirmations plus convaincantes et innovantes. Humain dans son approche (l’auteur affiche un net respect des homosexuels), cet essai est particulièrement bien construit et bien conduit. Il laisse cependant une très (trop) grande place au discours psychanalytique dont depuis les travaux de Didier Eribon, on connaît les limites et les défauts.

Stéphane Clerget, "Comment devient-on homosexuel ou hétérosexuel ?", éditions Jean-Claude Lattès.